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Mario Epanya – Photographe de Mode

Interview avec le photographe Mario Epanya

Mario EPANYA, est pour moi un artiste aux multiples "couleurs". En effet, si je devais résumer en quelques lignes son parcours, il est :

Le jeune artiste peintre de Douala devenu maquilleur professionnel pour la marque Dessange,
Le maquilleur professionnel devenu photographe de Mode de nombreuses personnalités et enseignes,
Le photographe de mode devenu Ambassadeur de la beauté Noire.

Etant passionné de photographie, il fait parti de ma "short list" des photographes à suivre. Je pense que l'on ne devient meilleur qu'en côtoyant et en apprenant des meilleurs, j'ai eu l'occasion de rencontrer Mario Epanya en 2016 afin d'avoir des conseils pour composer avec la lumière. Echanges artistiques et techniques étaient au rendez-vous à mon grand plaisir. Aujourd'hui, à travers une interview, j'ai envie de savoir un petit peu plus sur lui et son style.

Georges DanielBonjour Mario Epanya, sur ton livre "Beautiful, portraits de la beauté noire" (disponible sur Amazon), tu te livres sur l'importance qu'ont eu sur toi tes parents et ta grand mère. Peux tu nous en dire plus sur l'impact qu'ils ont eu sur ta naissance artistique ?

Mario Epanya : L' impact artistique de mes parents est énorme car mon père architecte, amateur de musique classique et de peinture était mon premier professeur. Il m'a initié à la culture du beau, à apprécier, à la curiosité, aux débats et échanges constructifs. Ma mère, passionnée de mode, a toujours son atelier de couture chez elle. Avec elle, j'ai appris les couleurs, volumes, la délicatesse des dégradés, les superpositions, textures, etc... Dans son atelier, rempli de magazines j'y ai découvert les tendances, un peu l'histoire de la mode, etc... Une véritable bibliothèque et aussi source d'inspiration infinie jusqu'aujourd'hui... Voilà l'impact artistique qu'ont eu mes parents sur moi.

Georges Daniel : Durant l'année 2007, quel est le déclic qui te fais changer de voie pour la photographie ?

Mario Epanya : Mon Déclic est une démission de mon poste de formateur et assistant artistique d'une grande marque française. Je voulais devenir mon propre patron. J'avais le choix entre ouvrir mon propre salon et créer une marque de maquillage et de soins cheveux à mon nom ou devenir photographe engagé pour défendre la diversité dans la mode internationale. La suite on la connait.

adama ndiaye paris

Adama Ndiaye créatrice de la marque ADAMA PARIS

 

Georges Daniel : Te souviens-tu de ton premier shooting mode ? Pourrais-tu nous en parler ?

Mario Epanya : Oh je me souviens très bien de mon premier shooting mode, c'était 2009, un hommage à Grace jones icône du style et Mode, une référence pour les fashionista pur et dur. J'ai demandé à une styliste Pro Pat de m'aider pour les looks avec pour modèles Fatou Noba et Astou Ndongo qui étaient des new faces à l’époque... Au maquillage mon assistante de toujours flora carrara... Un shooting qui nous a tous aidé d'une manière ou d'une autre,  j'ai pris de l'assurance en tant que photographe mode car la série qui, intemporelle a été tout de suite en cover de BRUNE magazine et aussi CRAWFORD magazine en Grèce ... Encore en 2018,  la série sera exposée dans un Festival photo où je suis invité... Elle a aussi aidé les deux modèles débutants à trouver des agences et défiler à Milan, New York, etc... C'est une série très importante pour moi.

Georges Daniel : Comment la photographie de mode a-t-elle évoluée depuis que tu as commencé à la pratiquer ?

Mario Epanya : La photographie de mode est assez particulière car elle se renouvelle tout le temps avec les tendances venues des grandes maisons de coutures.  En même temps, je dirais qu'on invente rien car la plupart du temps on recycle et s'inspire des archives du passé, films, icônes de mode, etc... La photo de mode demande juste à être passionné de mode, assister aux défilés, aller aux conférences, salons, lire les magazines de mode, s’intéresser aux parcours des stylistes et leurs transferts, s'intéresser à l'histoire de la mode, etc... Cela demande une très grande culture et je vois beaucoup s'autoproclamer photographe de mode.... Mais je dois avouer qu'il y en a très peu... Moi je me définis comme photographe beauté car ancien coiffeur /maquilleur j'ai une expertise dans ce domaine... Et très peu sur la mode donc prudence...

Georges Daniel : D'après toi, quelles sont les facettes positives et négatives actuelles pour un photographe de mode ? Comment arrives-tu à y faire face ?

Mario Epanya : Les facettes positives pour un photographe de mode sont : la liberté de créer, la fantaisie, la féerie, tout scénario est possible lorsqu'on fait une série mode. Il s'agit de raconter une histoire avec des vêtements et accessoires, alors le photographe ou le directeur artistique est le capitaine à bord. Son imagination est le moodboard, donc ça peut se passer sous l'eau, dans l'espace, n'importe où du moment que la production suit financièrement. La rencontre avec d'autres créatifs, coiffeurs, maquilleurs, designers de set, etc... permettent de découvrir d'autres univers et de complèter le scénario.

La facette négative dans la mode, c'est qu'il y a une tradition qui consiste à ne plus payer les photoshoots de mode car les rédactrices de mode des différents supports magazines ou webzines, estiment faire de la publicité à ces derniers en publiant leurs créations... Discutable mais beaucoup se contentent de cette explication... Pas moi en tout cas, car il y a souvent des frais de productions engagés par le photographe qui doivent être pris en compte. J'estime que si le magazine se fait de l 'argent en vendant des espaces publicitaires, ils doivent payer ceux qui apportent le contenu, photographes, journalistes, graphistes... car sans eux  pas de magazines... So, moi je dis non s'il n'y a pas de budget pour le photographe et préfère publier les séries sur mes réseaux sociaux ou proposer à d'autres magazines qui veulent bien payer pour ces créations. Voilà.

Georges Daniel : Où puises-tu tes sources d’inspirations ? de tableaux, de livres, etc... Comment fais-tu pour sans cesse te renouveler ?

Mario Epanya : Alors, mes sources d'inspirations, ce sont les classiques, les icônes de mode, Diana Ross, Sade, Grace Jones, Cléopâtre, ma Mère ensuite. C’est l’Afrique dans son ensemble, les couleurs, les codes beauté coiffures, pagnes décor... Plus profond, ça peut être une humeur, la joie ou la tristesse peut booster l'imaginaire. Des visions également, je note, je dessine et je développe. Après j'y rajoute une coiffure qui m'a marqué dans mon enfance, ensuite une couleur ou un vêtement vu sur un défilé et ensuite un décor inspiré d'un film des années 20... Ainsi de suite, ce sont des petites pièces rapportées de mon quotidien qui m'aide à construire une image.

Georges Daniel : Quel est le principal message que tu souhaites transmettre ou que l'on retienne de ton livre "Beautitul" ? 

Mario Epanya : Le message de mon Livre BEAUTIFUL est simple. La Beauté est partout, il suffit de regarder, elle est diverse, je suis contre les diktat que la mode impose aux femmes. Il faut ressembler à telle chanteuse ou actrice pour être considérer belle ou telle mensurations... Je trouve que l'on a tous quelque chose de beau en nous, c'est ça le message.

beautiful Mario epanya

Portrait tiré du livre BEAUTIFUL par Mario Epanya

 

Georges Daniel : Tu as souvent dû voyager durant ta carrière, quelles sont les lieux qui t’ont le plus marqué durant un shooting et pourquoi ?

Mario Epanya : Le lieu qui m'a le plus marqué est Rio de Janeiro, avec cette forte diversité dans sa géographie ainsi que de sa population, un superbe métissage du monde.

Georges Daniel : A ton avis, quels sont les atouts qu’un photographe de mode/beauté doit avoir en dehors du fait d’être doué sur les prises de vue ?

Mario Epanya : Les atouts qu'un photographe doit avoir en dehors de connaissances techniques :

Pourquoi fait-il de la mode en premier ? Ensuite avoir une grande culture mode car lorsque vous irez à des entretiens pour décrocher une campagne ou autre, vous aurez en face de vous des chefs produits, directeurs artistiques ou acheteurs d'art qui maîtrisent le sujet du bout des doigts lol. Alors vous avez intérêt à maîtriser le sujet, d'autant plus que vous êtes en concurrence avec d'autres photographes mode... Du courage et le sens du marketing aussi, savoir ce que vaut votre travail et communiquer dessus. Aimer sortir et avoir de l'énergie pour faire la fête sans fin aux quatre coins du monde, bref être "socialite".... pour se faire un bon réseau hype qui pourra aussi servir... Oui le réseau it's very important ...  la liste est longue.

Georges Daniel : Si tu n’avais pas été artiste peintre, maquilleur et photographe, quelle activité aurais tu souhaité exercer ?

Mario Epanya : Si je n'avais pas été photographe... Je serai gérant d'un salon de coiffure.

Portrait by Mario Epanya

Georges Daniel : Quel est ton objectif photo favoris ? Et pourquoi ce choix ?

Mario Epanya : Mon objectif favori est le 24 -120 mm F4 de Nikon. C'est l 'objectif parfait car il me permet de faire du paysage et du portait close up, tout. Certaines conditions de prises de vue peuvent être techniquement compliquées (une barrière, un petit espace etc..) alors avec ce mini-zoom on peut s’éloigner ou se rapprocher de son sujet sans avoir à trop se déplacer.

Georges Daniel : Une petite anecdote humoristique durant un de tes shooting photos ?

Mario Epanya : Une anecdote humoristique ? Bref un jour, j'avais un jeune modèle russe un peu stressé, ne parlant pas le russe, j'ai commencé à émettre des sons pour la faire rire. Je passe plus tard à son agence pour remettre ses photos et dès qu'elle me voit, elle dit MR MIOUU MIOUU, et après à l'agence tout le monde m’appelait mr miouu miouu...

Georges Daniel : Cela dépend sûrement de la demande du client mais as-tu une préférence, entre la lumière artificielle/studio ou naturelle ?

Mario Epanya : Je préfère la lumière artificielle car je la contrôle et suis plus à l'aise comme ça. C'est mon truc la lumière artificielle, j'en fais ce que je veux, ce qui n'est pas le cas avec la lumière naturelle plus capricieuse (une grosse tornade et la séance est annulée lol ..)

sonia rolland

Sonia Rolland by Mario Epanya

 

Georges Daniel : Quelle est l'importance d’une relation de travail avec un maquilleur lorsque tu « captures » la beauté ?

Mario Epanya : Le maquillage en photographie de beauté est THE BASE. Il faut une bonne maîtrise des couleurs, différents effets de produits et textures. Une peau recouverte d'une poudre ou fond de teint irisé reflète la lumière du flash d'une autre façon qu'une peau recouverte matifiante ou hydratée, mouillée, veloutée après soins. C'est là que les marques de soins qui vous embauchent pour réaliser leurs visuels feront la différence, en voyant que vous savez ce qu'il faut faire dans chaque cas en fonction du produit qu'il souhaite vendre.

La maîtrise du morphomaquillage est ensuite complétée par une source d'éclairage adéquate pour le rendu désiré ... C'est presque un exercice chirurgical, le sens du détail prend tout son sens  et ça peut durer des jours à faire des tests de différents produits et couleurs. J'adore ces moments... Oui je suis un calvaire pour les maquilleurs sur les shootings car étant maquilleur/formateur à la base. Je suis très exigeant avec eux et les encourage lorsque c'est bien, mais pour mes projets personnels, je fais tout moi même.

Georges Daniel : La collaboration avec un retoucheur est elle aussi importante que celle avec un maquilleur ?

Mario Epanya : Oui le retoucheur est indispensable aujourd’hui, je ne peux plus travailler sans retoucher, il met la touche finale au produit brut. Pour moi, le retoucheur est plus important que le maquilleur car sur un shooting sans maquilleur, le retoucheur peut en rajouter en post production... La photographie a vachement évolué, je dois beaucoup aux retoucheurs car ils subliment l'image finale. La post production est très importante et le budget pour ça est no limit, je travaille avec une dizaine de retoucheurs free lance qui sont spécialisés en cheveux, maquillage, peau, nature morte, mode, photomontage, car suivant le job, je sais à qui m'adresser pour un résultat optimal.

Georges Daniel : Un modèle ou des modèles en particulier que tu aurai souhaité photographier ?

Mario Epanya : Un modèle sans hésitation,  IMAN BOWIE. J'ai travaillé pour sa marque en tant que maquilleur et je continue de temps à autre de nos jours à l'utiliser sur mes shootings. Elle est The Supermodel par Excellence.

Georges Daniel : Un lieu ou des lieux en particulier où tu ne t’es pas encore rendu et aurait souhaité effectuer un shooting ?

Mario Epanya : Cuba ou Saint-Louis (Sénégal).

Ann McCormack

L'artiste Ann McCormack by Mario Epanya

 

Georges Daniel : Pour cette année 2018, un projet qui te tient à cœur ? Des projets publicitaires ou artistique en Afrique ?

Mario Epanya : Des projets dès demain, je commence une série de photos pour 4 expositions à venir donc 3 en Afrique. Pour le reste, le téléphone sonne de temps à autres pour des demandes de devis ou mails pour des renseignements. Ce que j'aime dans la photo, c'est que l'on ne sait jamais qui va vous contacter demain pour travailler avec vous. On a des surprises tous les jours, c'est génial.

Georges Daniel : T'arrives t'il de temps en temps d'honorer des contrats au Cameroun, pays dont tu es originaire ?

Mario Epanya : Je rentre du Cameroun, il y'a 48 heures à peine, oui il y'a 2 projets sur lesquels je travaille en ce moment même où je réponds à tes questions... A suivre

Georges Daniel : Sans faire appel à un devin, où te verrai-tu dans quelques années ? toujours à Paris ou ailleurs ?

Mario Epanya : Je suis Parisien et le reste pour l'instant... Peut être un jour, j'aurai envie d'ailleurs qui sait... L'Avenir nous le dira ...

Georges Daniel : Merci encore à toi Mario Epanya et bonne continuation pour la suite. 

Mario EPANYA : Merci Beaucoup Georges Daniel et bonne continuation à toi.

Portfolio et site Internet du photographe Mario Epanya : http://mario-epanya.format.com/

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